La technologie en classe: oui, mais attention aux attentes exagérées


20 janvier 2015 à 9h45

Pour la plupart des gens, la cause est entendue: la technologie étant présente partout dans la vie, on devrait aussi la trouver partout à l’école. Son utilisation ne peut qu’enrichir l’acte d’apprentissage et mieux préparer les élèves aux défis du marché du travail.

Mais en dépit de ces espoirs, la technologie coûte cher et ses effets sur les résultats scolaires sont très inégaux selon les disciplines. La recherche commence à peine à distinguer les applications utiles des espoirs mal fondés.

C’est ce qu’on peut lire dans le plus récent blogue de l’Éducation en langue française en Ontario, «point de ralliement de tous ceux qui souhaitent découvrir l’univers de l’éducation en langue française» dans la province.

Le site, qui réalise aussi des campagnes de publicité et intervient dans les médias sociaux, est financé par le ministère fédéral du Patrimoine dans le cadre de l’Entente Canada-Ontario. Ses coordonnateurs proviennent des douze conseils scolaires et des deux collèges franco-ontariens, des universités ontariennes bilingues, et du ministère de l’Éducation de l’Ontario.

Enseignant informatisé?

La popularité des nouvelles technologies est facile à comprendre. Tout le monde semble y trouver son compte. Les gouvernements y voient un moyen d’améliorer l’enseignement sans se lancer dans de délicates réformes pédagogiques ou structurelles. Le corps enseignant y voit un moyen de capter l’attention des élèves. Les parents aiment l’idée que leurs enfants disposent de ce qu’il y a de plus moderne et confondent parfois «enseignement informatisé» et «formation à l’utilisation des technologies».

Marc Prensky affirme dans son ouvrage Brain Gain que l’acquisition de nouvelles compétences passe par une intégration globale de la technologie.

Selon lui, les élèves doivent savoir comment et à quelles fins utiliser les technologies pour les intégrer adéquatement dans la vie quotidienne à des fins de croissance, d’apprentissage et de productivité. Il devient donc important de repenser les pratiques pédagogiques de manière à outiller efficacement les élèves dans leur appropriation du savoir.

Curieusement, les cadres des grandes sociétés technologiques de Silicon Valley, capitale mondiale de l’informatique, ne semblent pas partager cet avis. Ils sont en effet très nombreux à envoyer leurs enfants dans les écoles spéciales Waldorf, dont le programme exclut complètement les nouvelles technologies.

«Nous savons que la compétitivité ne vient pas de l’utilisation précoce des ordinateurs, mais d’un état d’esprit et d’une bonne approche de la résolution de problèmes, déclare un parent. Ma fille est plus susceptible d’apprendre tout cela d’un être humain que d’un ordinateur. »

Alliée ou distraction?

Au-delà des espoirs et des intentions de chacun, on entend souvent des enseignants et enseignantes ou des spécialistes de l’éducation vanter les résultats de leur propre expérience ou de tel programme. Dans tous ces récits, il est parfois difficile de départager, entre la technologie et l’enthousiasme renouvelé du professeur, ce qui a le plus d’influence sur les élèves.

Visible Learning, la célèbre méta-analyse du Néo-Zélandais John Hattie (déjà citée dans ce blogue) nous offre des points de comparaison. Sans résumer ici toute sa méthode, rappelons que selon lui, l’efficacité moyenne de toutes les méthodes d’enseignement se situe à 0,40 écart-type de la situation avant le changement pédagogique.

Or, la recherche rapporte des résultats inférieurs à ce seuil d’efficacité pour les pédagogies technologiques. Sans être nul, l’effet de la technologie sur la réussite scolaire paraît donc modeste selon Hattie.

Prise de notes

Dans une étude datant de 2014, Pam A. Mueller et Daniel M. Oppenheimer, professeurs de psychologie américains, montrent que les élèves qui prennent leurs notes de cours avec un ordinateur recueillent plus d’information que ceux qui le font sur du papier, avec un crayon.

Mais ils s’en souviennent moins bien et ont plus de mal à faire des liens entre les divers concepts exposés durant le cours. Selon eux, la prise de notes informatisée est une «zombie-transcription» mécanique, tandis que les notes à la main s’inscrivent dans une logique de rappel, de mémorisation et de manipulation abstraite plus efficace.

Au Canada, en 2013, Faria Sana et Tina Weston ont découvert que le multitâches distrait les élèves bien plus qu’il ne les stimule.

Alors qu’elles ne s’attendaient à aucun changement significatif, il s’est avéré que les étudiants faisant plusieurs tâches sur leurs ordinateurs pendant les cours ont obtenu 11 points de moins à l’évaluation. Plus étonnant encore, les élèves entourés d’ordinateurs, mais n’en ayant pas eux-mêmes obtenaient 17 points de moins.

Apprivoiser la technologie

Ces paradoxes montrent que l’utilisation de la technologie en classe peut être utile, mais qu’elle ne constitue pas une solution à tous les problèmes.

Le jugement et l’expérience des enseignants et des enseignantes demeurent primordiaux. Il est parfois tentant de se procurer sans réflexion appropriée les technologies que propose l’industrie. Mais il faut savoir adapter la technologie à la pédagogie et non l’inverse.

C’est dans cet ordre d’idées que des provinces comme l’Alberta, la Colombie-Britannique et le Nouveau-Brunswick ont entrepris de renouveler leur curriculum et d’instaurer des programmes pour le développement des compétences à l’ère numérique. L’éducation en langue française en Ontario a également entrepris ce virage et a récemment mis en place une série de projets de formation professionnelle, d’accompagnement et de soutien technologique à l’échelle de la province pour ses écoles et ses conseils scolaires de langue française.

Trois conseils

Quant aux enseignants et aux enseignantes qui veulent aller plus loin dans leur exploration de l’usage de la technologie en classe, Normand Baillargeon, philosophe de l’éducation, leur donne les trois conseils suivants :

• Décourager la pratique du multitâches, surtout quand le travail est important.
• Ne pas se demander ce qu’on peut faire avec telle ou telle technologie, mais décider ce qu’on veut faire et choisir ensuite la technologie appropriée.
• Consulter des sites où des collègues parlent de leur expérience, comme la communauté d’apprentissage Ontario réservée à l’intention du personnel enseignant de l’Ontario, ou recit.qc.ca

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