Grâce aux bénévoles: l’hiver moins froid pour les sans-abri

Visite d'un centre Out Of The Cold

Petit-déjeuner Out Of The Cold.

Petit-déjeuner Out Of The Cold.


6 mars 2017 à 22h36

Toronto compterait 5000 personnes sans domicile. Plus de 4000 sont hébergées toute l’année par la municipalité et ses partenaires.

L’hiver, le programme Out Of The Cold regroupe 16 églises et synagogues qui se relaient pour ajouter entre 100 et 150 places supplémentaires d’hébergement par nuit. Ce programme repose sur les efforts de nombreux bénévoles.

L’Express a suivi le programme à Eastminster United Church (avenue Danforth), où un repas est servi à 120 personnes les vendredis soirs, et où 50 personnes sont ensuite hébergées.

Un piano

À 17h, les portes ouvrent. Les bénévoles de l’après-midi ont préparé une soupe pour le soir et installé tables et chaises dans le grand sous-sol de l’église. Ils servent du café et une collation. Un visiteur habitué s’assied à un vieux piano pour jouer des classiques de jazz.

Un sexagénaire raconte qu’il vit dans un hébergement subventionné dans un autre quartier et qu’il aime venir dîner ici le vendredi. Un autre, quadragénaire, est arrivé de Goa (Inde) il y a 10 ans: cela fait 7 ans qu’il est sur liste d’attente pour un logement subventionné. Il a un travail dans la construction, mais pas de logement stable. Il dort souvent dehors, mais en hiver, il évite. Ce soir, il dormira ici.

Travail de bénévoles dans la cuisine.
Travail de bénévoles dans la cuisine.

Une prière

Les bénévoles de l’équipe du dîner arrivent, remplacent ceux de l’équipe de l’après-midi et finalisent la préparation du repas. À part la soupe, les plats équilibrés sont achetés à prix coûtant à une maison de retraite qui cuisine déjà pour ses pensionnaires.

Les tables se sont remplies. Juste avant le dîner, un des convives est missionné par les autres pour dire une prière. Quelques mots profonds convenant à toutes les religions et sensibilités – «Je dis merci pour ce dîner alors qu’il fait froid dehors, je pense à ceux qui n’ont pas notre chance…» –, suivi d’un «Amen» en chœur et quelques applaudissements.

Les bénévoles servent le dîner, en essayant de respecter les envies des convives. La plupart remercient, certains sont assez gais, d’autres plutôt râleurs. Il y a des jeunes, des vieux, une majorité d’hommes. Côté bénévoles, il y a une majorité de femmes.

Propre et sécuritaire

À la fin du repas, ceux qui le souhaitent peuvent récupérer des habits dans une autre salle et prendre une douche. Une infirmière est aussi disponible. Quelques personnes avec un gilet orange surveillent les allées et venues: il s’agit d’employés de l’entreprise sociale Dixon Hall, chargée par la municipalité d’assurer la sécurité tout au long de la nuit.

Quand la grande salle est vide, les bénévoles débarrassent, nettoient et rangent le mobilier, et installent 45 matelas. Cinq matelas supplémentaires sont installés dans une autre salle pour l’hébergement d’urgence de gens qui se présenteraient pendant la nuit.

Ceux qui s’apprêtent à dormir ici patientent en file indienne à l’entrée, dans l’ordre de leur arrivée. Quand on les laisse entrer, certains se dépêchent de prendre telle ou telle place qui leur paraît meilleure.

Côté bénévoles, l’équipe du soir remplace l’équipe dîner pour faire la vaisselle, le petit-déjeuner, et préparer des sacs déjeuner. Deux heures plus tard, ces bénévoles traversent silencieusement la grande salle transformée en dortoir, et rentrent chez eux. Seuls restent les quelques employés responsables de la sécurité et de l’accueil des retardataires.

Le lever au sous-sol de la Eastminster United Church.
Le lever au sous-sol de la Eastminster United Church.

Réveil plus silencieux

Lendemain matin, 6h, les bénévoles arrivent au compte-gouttes, en silence à travers le dortoir. Ils préparent le café, la vaisselle, les tartines grillées et beurrées.

Au moment du réveil, les matelas sont empilés dans un coin, les tables et chaises sont réinstallées et un buffet de petit-déjeuner dressé. Le repas est plus silencieux que le dîner.

Avant de partir, un homme explique qu’il ira dans un autre centre d’accueil la nuit prochaine. En attendant, il patientera. Quand on est à la rue, on s’ennuie beaucoup.

D’après lui, si donner de la nourriture est bien intentionné, cela est parfois peu utile: un jour, il s’est excusé de refuser un sandwich, en montrant qu’on lui en avait déjà donné cinq.

Pas de jugement svp

Il se rappelle aussi une conversation avec une amie, autrefois, avant qu’il ne connaisse la rue, quand il avait encore un travail dans l’industrie automobile à Calgary: il avait donné quelques dollars à un mendiant, et cette amie avait réagi: «C’est sûr qu’il va aller les dépenser pour boire». «Et nous, où allons-nous, maintenant?», avait-il répondu. «Au pub, boire un verre. Pourquoi n’aurait-il pas le droit de boire un verre, lui aussi?»

De quoi ont besoin les gens de la rue? Un peu d’argent, bien sûr, ne serait-ce que pour se déplacer d’un centre à l’autre.

Mais surtout de regards respectueux, sans jugement. C’est ce que tentent d’offrir ces centres d’accueil Out Of The Cold. Les bénévoles, eux, semblent apprécier beaucoup de pouvoir contribuer. Certains participent depuis des dizaines d’années.


Mentionnons que la Ville de Toronto a recensé quelques-unes des choses que l’on peut faire pour les personnes sans domiciles.

Nettoyage de matelas pendant le petit-déjeuner.
Nettoyage de matelas pendant le petit-déjeuner.

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