François aime déranger

Marco Politi, François parmi les loups, essai traduit de l’italien par Samuel Sfez, Paris, Éditions Philippe Rey, 2015, 288 pages, 27,95 $.

14 avril 2015 à 9h04

Si François est un pape qui dérange, c’est parce qu’il n’accepte pas que son Église soit rangée depuis belle lurette derrière des structures impérialistes, derrière le Saint-Office, le Saint-Siège, la Sainte-Inquisition, derrière des traditions de faste et des discours déconnectés du vécu quotidien de ses ouailles. Cela est manifeste dans François parmi les loups, de Marco Politi.

L’auteur réfère souvent à Jean-Paul II et à Benoît XVI en écrivant «les papes Wojtyla et Ratzinger». Il ne dit jamais «le pape François» mais plutôt Bergoglio ou François. Ce dernier n’aime pas le titre «pape» car il se considère d’abord et avant tout un prêtre.

Marco Politi nous renseigne sur la jeunesse et l’adolescence de Jorge Mario Bergoglio. À 13 ans, le jeune Argentin gagnait sa vie dans une usine de bas, puis il est passé dans un laboratoire chimique. À 17 ans, il a eu une fiancée avec qui il a dansé le tango.

Certains diront qu’il a toujours été un libre-penseur (sa formation jésuitique n’y est pas étrangère). Chose certaine, pour François, le cléricalisme n’a rien à voir avec le christianisme. «Il n’y a pas de Dieu catholique, il y a Dieu.»

Pour la psychanalyste franco-bulgare Julia Kristeva, François touche le cœur des pauvres «avec le langage révolutionnaire d’un Trotski ou d’un Che Guevara». Pas étonnant, puisque Bergoglio a vécu la violence, la faim, la brutalité, la dignité bafouée, la mort sur le trottoir… «en se déplaçant à pied ou en transports publics dans la capitale argentine».

Tout conclave est supposément secret, mais l’auteur écrit que Bergoglio a commencé avec vingt votes, puis a constamment monté pour atteindre «l’avalanche de quatre-vingt-dix» (plus que les 77 voix nécessaires et plus que les 84 que Benoît XVI avait obtenues en 2005). Quand Bergoglio a choisi le nom François, il a refusé que la curie lui accole 1er, comme pour les empereurs ou les monarques.

Selon Mgr Murphy-O’Connor, ancien archevêque de Westminster, «on voulait un changement, un nouveau style, mais les cardinaux ne s’attendaient pas à un air aussi frais! Un homme pareil a été une surprise.»

Le pontificat de Jean-Paul II a été marqué, entre autres, par son refus de la communion pour les divorcés remariés, son refus d’une nouvelle approche de la problématique sexuelle, son absence de réflexion critique sur la crise des vocations et son maintien des femmes à des rôles secondaires dans l’Église.

Quant à Benoît XVI, on retient l’explosion des révélations sur les abus sexuels commis par le clergé, ses faux-pas antisémites («les juifs doivent se convertir») et son penchant vers des pratiques désuètes (comme la messe tridentine où le peuple est réduit à un troupeau).

Selon Politi, le pape Ratzinger passera à l’histoire pour son magistral coup d’État: en démissionnant, il a obligé tous les dirigeants de la curie romaine à faire de même. C’est «le geste le plus important de son pontificat».

Cela le rachète un peu de ne pas avoir agi après la lecture d’un rapport de 300 pages sur les agissements de la curie romaine: «manœuvres carriéristes, jeux de pouvoir, comportements affairistes, irrégularités sexuelles».

Cardinal, Bergoglio se tenait loin du Vatican où une «autoréférentialité ou sorte de narcissisme théologique» règne à qui mieux mieux. Durant le conclave, il demeurait à la Résidence Sainte-Marthe, avec les autres électeurs. Il n’a pas bougé depuis, refusant d’occuper les appartements pontificaux (ou de porter les mules et la cape rouges, l’anneau et la croix d’or). Il mange à la cantine et discute avec du vrai monde. Cela «fait enrager les adorateurs de la sacralité papale».

François entend faire mentir le vieil adage que «les papes passent, la curie reste». Il a du pain sur la planche car «la curie est un nœud de vies parallèles», pour ne pas dire un nœud de vipères. Elle perçoit la papauté «comme pouvoir absolu», pas comme un truc de collégialité.

François doit affronter un milieu teinté de «survalorisation de l’ego»… Certains membres de la curie espèrent que le pape argentin ne soit qu’une exception transitoire. Qui sait, quelque chose de fatal pourrait arriver à ce François qui a la tête dure…

En octobre 2014, le pape Bergoglio a convoqué un synode des évêques sur le thème de la famille. Pour être à l’écoute des fidèles, il a demandé aux conférences épiscopales de chaque pays de mener un sondage.

Résultat: une majorité de croyants est en faveur de la communion aux divorcés remariés, de la contraception et de l’union des couples de même sexe (mais pas le mariage). Le synode ne votera qu’en 2015 sur des propositions définitives.

François a servi un avertissement aux nonces chargé de trouver des candidats à l’épiscopat: «Que ce soient des bergers proches du peuple, qu’ils aiment la pauvreté, qu’ils n’aient pas une mentalité de princes. Prenez garde qu’ils ne soient ambitieux.» Cela s’adresse aussi au cardinal Marc Ouellet, préfet de la Congrégation des évêques.

Aussitôt en poste, François fait tomber des têtes, notamment à l’Institut pour les œuvres de religion (IOR ou Banque du Vatican). Il nomme une femme au conseil d’administration et autorise l’agence Ernst & Young à effectuer un audit. Du jamais vu au Vatican!

Le pape Bergoglio a soumis à un procès pénal le nonce-archevêque Josef Wesolowski, accusé d’avoir abusé de mineurs dans les bidonvilles de Santo Domingo. Son procès – une première au Vatican – se tiendra en 2015.
Quelques jours avant le conclave, Jorge Mario Bergoglio avait avoué: «j’ai l’impression que Jésus est enfermé à l’intérieur de l’Église et qu’Il frappe pour sortir». Le pape argentin réussira-t-il à déverrouiller la porte…?

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