Alain Lefèvre jouera André Mathieu avec le TSO pour le 150e

Le cri du coeur du pianiste virtuose Alain Lefèvre

Alain Lefèvre (Photo: Caroline Bergeron)

Alain Lefèvre (Photo: Caroline Bergeron)


9 janvier 2017 à 16h32

La première mondiale du Concerto numéro 4 du «Mozart canadien» André Mathieu (1929-1968) n’avait pas eu lieu au Canada, mais aux États-Unis, en 2008. Une anomalie, selon Alain Lefèvre, qui l’avait reconstitué deux ans auparavant à force de travail et grâce à «un sacré coup de chance»: l’émergence d’un vieil enregistrement, alors qu’on avait perdu la partition.

Alain Lefèvre a une passion pour André Mathieu depuis son enfance. Il jouera justement la Rhapsodie romantique de ce compositeur avec l’Orchestre Symphonique de Toronto le 21 janvier: un concert qui ouvrira la série Mosaïque canadienne pour fêter le 150e anniversaire de la Confédération.

Cette Rhapsodie romantique, qu’il se réjouit de jouer enfin à Toronto, Alain Lefèvre l’avait jouée il y a 36 ans à Paris avec l’orchestre de Radio France. Quant au Concerto numéro 4, dont la première mondiale avait eu lieu à Tucson, Alain Lefèvre l’a joué à plusieurs endroits – dont au Carnegie Hall en 2013 –, mais elle n’a jamais encore été jouée à Toronto.

Le Canada est-il trop humble pour donner du crédit à ce qui est créé chez lui ? Comment se fait-il qu’il ait souvent besoin que ses talents soient d’abord avalisés par un autre pays avant de les reconnaître ? Alain Lefèvre pense qu’il est temps de pratiquer une sorte de «patriotisme intelligent».

Alain Lefevre (Photo: Caroline Bergeron)
Alain Lefèvre (Photo : Caroline Bergeron)

Lui n’est pourtant pas né Canadien, mais en France. Il a 4 ans quand sa famille immigre définitivement au Québec. Il devient rapidement plus canadien que français. Pianiste surdoué, il rencontre le succès très tôt sur la scène canadienne et internationale, se perfectionne un temps à Paris, et poursuit la vie de concertiste.

Il faut être passionné pour faire ce métier, qui demande un travail constant : 7 à 8 heures de piano chaque jour, sauf les jours ou il faut prendre un avion. Alain Lefèvre a joué dans une quarantaine de pays… sans jamais rien visiter. Quand il prend des vacances, il sait qu’il lui faudra quelques jours intenses avant de retrouver son niveau, confie-t-il à L’Express.

Vers 50 ans, Alain Lefèvre a commencé à réajuster un peu sa vie. Pas de grande révolution, si ce n’est un déménagement en Grèce en 2015… juste avant la crise financière et politique qui a failli mener à un Grexit. Ami des animaux, il apprécie de marcher le long de la mer non loin de sa maison, à la rencontre des chats et chiens de passage.

Alain Lefèvre est aussi compositeur, et son dernier album Sas agapo («Je vous aime») est un hommage à la Grèce, berceau culturel européen et berceau de la démocratie.

Il déplore justement le rétrécissement des goûts culturels et l’ignorance du passé. La culture va de pair avec la démocratie. Il faut différentes propositions, une variété de goûts. «L’heure est grave», dit-il en considérant le renfermement des peuples sur eux-mêmes : celui-ci tient pour lui du même phénomène que le manque de connaissance et d’intérêt pour la culture du passé et la musique classique. «On est en train d’enterrer un trésor.»

Alors Alain Lefèvre continue de s’investir. Il a toujours été un passeur. Il anime chaque dimanche une émission à Radio Canada le dimanche de 10 à 12h. Il est aussi ambassadeur du Festival international de Lanaudière. Et il continue de promouvoir bénévolement la musique classique dans des écoles, comme il le fait depuis une vingtaine d’années.

Ce samedi 21 janvier, nul doute qu’il sera galvanisé à l’idée de jouer enfin la Rhapsodie romantique d’André Mathieu à Toronto. Et à la sortie de ce concert, sans doute serons-nous tentés de lui demander: «À quand le Concerto numéro 4 à Toronto?»

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